Mémoires de Fanny Hill

Mémoires de Fanny Hill

Mémoires de Fanny Hill
John Cleland
Bibliothèque des curieux 1923

Introduction par Guillaume Apollinaire

John Cleland, auteur des « Mémoires de Fanny Hill » est né en Angleterre en 1707 (ou 1709 nous dit Guillaume Apollinaire). Ayant reçu une bonne éducation à l’école de Westminster, il se retrouve cependant sans fortune à la mort de son père, le colonel Cleland. Ses études terminées il est nommé consul à Smyrne en 1722. Puis, en 1736, il entre à la Compagnie des Indes et réside à Bombay. Une sombre malversation que l’histoire n’a pas retenue le fait éjecter de son poste. Il rentre à Londres, ruiné et mène une vie de débauche dans les tavernes et les lieux de prostitution. Perclus de dettes, il est emprisonné et profite de son séjour à l’ombre pour rédiger les « Mémoires de Fanny Hill » considéré comme un grand classique de la littérature érotique. Ce livre lui vaut des ennuis avec la justice. Il se tourne alors vers le théâtre et la littérature scientifique. Il meurt pauvre en 1789.

Le roman est composé de deux longues lettres écrites par Fanny Hill et adressées à une mystérieuse correspondante. C’est d’ailleurs sans importance, car seul le contenu de ces courriers nous intéresse. Fanny y décrit sa vie et raconte comment elle a été amenée à mener une vie de débauche avant de se ranger sous la bannière de la vertu.

Jeune campagnarde, elle perd ses parents victimes de la vérole. Maladie qu’elle contracte elle-même sous forme bénigne et qui ne lui laissera aucune séquelle autre qu’un corps splendide ayant lutté pour sa survie et prêt à profiter de l’existence.

Elle monte à Londres sous l’influence d’une amie de la famille qui lui fait miroiter les beautés de la ville, de la maison royale et de la mode. Mais, sur place, la vieille connaissance la plante, lui conseillant d’aller s’inscrire au bureau de placement. Ce qu’elle fait le lendemain après avoir dépensé une partie de sa fortune dans un hôtel borgne. Mal lui en prend car la sinistre fonctionnaire qui l’accueille est de mise avec une mère maquerelle et Fanny tombe directement dans une maison de luxure qui emploie des prostituées. Contrairement à ce à quoi on pourrait s’attendre, elle y est plutôt bien traitée et jamais contrainte. Les filles se font une joie d’initier cette jeune paysanne naïve, mais superbe aux plaisirs de l’amour : saphique d’abord puis avec les hommes. Fanny Hill est de bonne volonté, dépourvue de morale (car on ne lui a rien appris sur le sujet) et, surtout, dotée d’un tempérament qui se révèle rapidement être volcanique.

Elle tombe follement amoureuse de Charles, le premier bel homme qui s’offre ses services (après être passée entre les mains de quelques mochetés) et se sauve avec lui. Mais le père de ce beau garçon l’envoie aux colonies et Fanny se retrouve sur le carreau. Elle saura se sortir de toutes les situations en usant de son nouveau savoir sur l’art de la débauche. Encore une fois, elle n’est jamais contrainte et les hommes qu’elle fréquente, même lorsqu’ils sont affublés de certains travers sexuels (comme le sado-masochisme) la respectent et ne l’obligent à rien qui ne soit consenti.

Ainsi Fanny s’élève dans la hiérarchie sociale, prend des domestiques et amasse une petite fortune. Que se passera-t-il lorsque Charles, profitant de la mort de son père, reviendra à Londres ?

Outre le fait que ce livre raconté par une fille ait été écrit par un homme (ceux qui me connaissent savent que je suis sensible à cette situation) c’est le merveilleux style d’écriture de John Cleland qui fait mouche. Pas une seule grossièreté dans ce texte, mais une magnifique inventivité de circonvolutions pour parler des choses du sexe. Un régal littéraire, je vous dis. Certaines pages sont de purs chefs-d’œuvre de la littérature et mériteraient leur place à l’Académie…

jllb

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