L’affaire Henri de Lucenay, suite…

L’affaire Henri de Lucenay, suite…

Résumé des épisodes précédents.

Je suis sur la piste d’Henri de Lucenay, pseudonyme utilisé par une jeune femme amie de l’écrivaine Colette.
Cinq livres sont parus sous le nom de Henry Lucenay ou Henri de Lucenay :

  1. La femme qui mord — Roman d’aventures paru en 1880 sous le nom de « Henry Lucenay »
  2. Surge Gallia — Poème paru en 1890 sous le nom de « Henri de Lucenay »
  3. Ce qu’on dit au fumoir — Recueil de nouvelles paru en 1893 sous le nom de « Henry Lucenay »
  4. La peine imméritée — Roman paru en 1907 sous le nom de « Henri de Lucenay » (livre introuvable)
  5. Les portes de bronze — Roman paru en 1949 sous le nom de « Henri de Lucenay »

J’en possède désormais quatre sur les cinq. Il me manque « La Peine imméritée ».

Après de multiples recherches, je suis arrivé aux conclusions suivantes :

— les quatre premiers livres ont été écrits par Marie-Léonie Devoir (l’amie de Colette), petite fille du Marquis de Saint-Georges

— le cinquième livre a été écrit par Henri de Lucenay, fils de Georges de Lucenay, agriculteur à Nérac et propriétaire du château du Pin.

Il y a donc deux écrivains et non pas un seul. Donc deux pistes à suivre.

 

Piste 1 : Marie-Léonie Devoir

Je sais qu’elle est née en 1853, mariée en 1880 au peintre Eugène Vidal dont elle divorce en 1887. Elle publie en 1890, 1893 et 1907 et je perds complètement sa trace. Je ne sais pas quand elle est morte et si elle a eu des enfants. Il est fort possible qu’elle en ait eu au moins un. Dans « La dépêche » de Toulouse du 10 mai 1907, le journaliste Octave Uzanne dit ceci : « Je suis encore sous le charme de la lecture de “La Peine imméritée” de Mm H. Lucenay. Ce livre est une confession douloureuse et passionnante, une large et délicate tranche de vie cruelle héroïquement subie, un plaidoyer remarquable en faveur du divorce élargi. Ce calvaire d’une femme pour âpre qu’il ait été est savoureusement conté et parsemé de fleurs écloses dans ce subtil terroir de délicatesse que nos compagnes savent si bien ensemencer. “La Peine imméritée” révèle non seulement une épouse indignement comprise et délaissée, mais aussi une mère supérieurement douée. C’est une œuvre saisissante et morale. » Si l’on en croit ce journaliste, Marie-Léonie a donc bien parlé de son divorce, mais aussi d’au moins un enfant puisqu’elle est « mère ». J’en suis là pour l’instant avec elle.

Piste 2 : Henri de Lucenay

L’auteur du roman « Les portes de bronze » a bel et bien existé et ne doit pas être confondu avec Marie-Léonie Devoir. Il est né en 1903 et il est le fils de Georges de Lucenay et de Léonie de Lambert. Il a une sœur prénommée Jeanne. Tout ce beau monde habitait au Château du Pin à 2 km de Nérac. Château dont je ne trouvais la trace nulle part et qui, pourtant, est bien cité dans l’annuaire du Sud-Ouest de 1906. Dans « Les portes de Bronze », Henri fait une description de la propriété du héros dont je me doute qu’elle est copiée sur celle du château de son père. Je me suis donc rendu sur place ce mercredi 16 octobre 2019.

Je suis allé voir mon ami André Furlan qui vit à Nérac et est issu d’une vieille famille néracaise. En remuant la documentation fournie qu’il possède sur la ville, il a fini par trouver une photo et une description du château du Pin dans un livre des éditions d’Albret (épuisé). Nous y apprenons que le nom du château vient de Lepin, secrétaire du roi de Navarre que Marguerite de Valois a fait renvoyer. Le château a appartenu à différentes familles, dont les « Sibrac » et les « de Lucenay » (bingo !) avant d’être vendu en 1935 aux sœurs Clarisses qui en ont fait leur couvent.

« Mais alors, il existe toujours ? » demandai-je à André. « Oui, sur la colline en face de chez moi, de l’autre côté de la Baïse » !

Aussitôt, j’avale un rapide déjeuner en compagnie d’André que j’abandonne pour me rendre sur place. Toc toc à la grande porte et je suis reçu par « sœur Françoise » à qui je raconte mon histoire et mes recherches. A-t-elle des informations sur la famille Lucenay ? On discute un bon moment et elle m’ouvre de nouvelles pistes, en particulier sur la sœur d’Henri dont le fils était artiste et a réalisé les vitraux de la chapelle. Mais aussi sur le fait que le château a été vendu en 1928 à une autre congrégation de sœurs Bénédictines avant d’être racheté en 1935 par les Clarisses. Bref, j’avance petit à petit. André va se concentrer sur l’état civil de la famille Lucenay. L’objectif : savoir si Henri de Lucenay a eu des enfants et trouver une photo de lui.

 

Comme vous le voyez, on avance. Je reprendrai l’intégralité de l’enquête dans un document à paraître dont je n’ai pas encore arrêté la forme…

 Je joins quelques pièces intéressantes : André Furlan, le château du Pin (désormais couvent des Clarisses), la vue depuis la terrasse, sœur Françoise, etc.

jllb

2 commentaires

patrice Publié le6:46 - Oct 16, 2019

J’aime bien le chateau du sieur LEPIN…
Belles recherches, bravo le détective!

Furlan André Publié le8:00 - Oct 16, 2019

Beau travail et passionnant !

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