Le bon soldat

Le bon soldat

Le bon soldat
Ford Madox Ford

En achetant ce livre, j’ai été séduit par la peinture de couverture (du peintre belge Alfred Stevens) et par le bandeau du bas : « Un des meilleurs romans du XXe siècle » selon Graham Greene. Enfin la quatrième de couverture annonçait un quadrille amoureux entre deux couples de jeunes trentenaires, l’un américain et l’autre anglais.
Je viens de tourner la dernière page et j’avoue afficher des goûts différents de ceux de Graham Greene. Non pas que le livre me soit tombé des mains — par certains aspects il est intéressant — mais plutôt par le peu d’intérêt qu’a suscité en moi l’intrigue. Certains romans sont éternels, d’autres se démodent, c’est le cas de celui-ci.
Mais qu’en est-il au juste ? Les Dowell (John et Florence) sont de riches millionnaires américains, les Ashburnham (Edward et Leonora) de riches millionnaires anglais. Ils n’ont d’autres loisirs que de visiter ensemble les palaces de l’Europe et se retrouver dans des cures thermales. Tous les quatre issus de la bonne société présentent tous les aspects d’une haute bourgeoisie sans histoire. Mais tout ceci n’est qu’une façade. John Dowell, le narrateur, explique qu’au bout de plusieurs années de fréquentation, il apprend enfin que sa femme Florence est devenue la maîtresse d’Edward au grand dam de Leonora. S’ensuivent deux cent cinquante pages de décorticage des comportements et points de vue de chacun. Une écriture dense, répétitive et dénuée de dialogues. Autant dire que par certains moments, ça tourne au pensum. D’autant que ce texte est franchement desservi par son adaptation en français, le traducteur abusant à gogo des inversions dans les phrases en plaçant quasi systématiquement l’adverbe avant le verbe. (Exemple page 153 : « C’est alors que Leonora totalement s’effondra. »)
Alors pourquoi ce texte est-il tout de même intéressant ? Justement parce la volonté forcenée de l’auteur à vouloir disséquer chaque personnage en recherchant ses pensées les plus intimes et en montrant leur évolution psychologique à chaque événement du récit, fut-il mineur. Le titre « Le bon soldat » vient du fait qu’Edward Ashburnham est militaire de carrière. Un bel homme dont les femmes tombent facilement amoureuses. A contrario, le narrateur paraît empêtré dans un carcan moral et religieux qui ne l’empêche en rien de comprendre ce qui se passe autour de lui, mais qui le contraint à une passivité exaspérante. J’ai donc perçu ce roman comme un exercice de style digne d’un oxymore : ennuyeusement intéressant.
L’auteur, Ford Madox Ford (1873-1939) est un romancier, critique et éditeur britannique. Il est surtout connu pour avoir publié D.H. Lawrence (auteur de « L’amant de lady Chatterley »), Ezra Pound et Ernest Hemingway.

jllb

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