Le Rayon High Tech

Le Rayon High Tech est un mensuel consacré aux nouvelles technologies que j'ai édité à la suite de l'hebdomadaire Micro à Micro, avec sensiblement la même équipe rédactionnelle et commerciale. Le succès n'étant toujours pas au rendez-vous, j'ai arrêté ce magazine avant qu'il ne prenne l'eau de toute part. Il était pourtant d'avant garde et à la pointe de la technologie. Avec Laurent Katz comme excellent rédacteur en chef, on s'est éclatés... Après réflexion, je me suis dit que mes éditoriaux de l'époque étaient toujours agréables à lire et vous les trouverez donc en regard de chaque couverture des onze numéros du Rayon High Tech.


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Le Rayon High Tech n°1

Le retour du fils de James Bond

Adolescent, je me suis gavé de romans d'espionnage: James Bond et OSS 11 7 (alias Hubert Bonnisseur de la Bath) empilaient leurs aventures sur ma table de chevet. Au-delà des conquêtes féminines de ces seigneurs de l'ombre qui émoustillaient ma libido florissante, j'étais surtout enflammé par les multiples gadgets électroniques que ces supers agents trimballaient dans leurs valises. Appareils photo miniatures, micros espions, cartes magnétiques et autres objets farfelus exclusivement réservés à l'élite des services spéciaux. Et puisque j'étais boulimique de lecture, je ne manquais pas non plus de faire le plein d'ouvrages de science-fiction, trouvant matière à assouvir ma passion pour les technologies avant-gardistes fussent-elles le pur produit de l'imagination de quelques auteur illuminés. Aujourd'hui, plus de 20 ans après cette période passionnée de mon adolescence, la réalité dépasse la fiction. La télé est en couleurs, en stéréo, en grand format. La photo s'enregistre sur disquette ou sur disque laser. L'ordinateur se trouve dans tous les bureaux et très souvent à la maison. Et nous ne sommes qu'à la veille d'une révolution plus importante encore : l'avènement du numérique.

Ma façon de communiquer évolue sans cesse. Je téléphone sans fil et j'envoie des télécopies tous les jours. Avec une jouissance sans cesse renouvelée. Je suis comme un gosse dont le Père Noël s'appelle Philips, Sony, Apple ou Grundig et dont la cheminée a pris la forme d'étagères approvisionnées chaque jour ouvrable de l'année. Je suis branché, câblé, informé. Et je n'ai aucunement la sensation d'avoir vendu mon âme au Dieu Ordinateur. Au contraire, je me sens plus libre, plus proche des autres avec qui je communique plus facilement. Je perds moins de temps au travail et je m'éclate en écoutant de la musique dans de meilleures conditions. Bref, ça baigne !

Ça baigne aussi pour ces industriels qui se sont emparés de ces nouvelles technologies pour fabriquer des produits innovants dans des secteurs aussi différents que la vidéo, l'informatique, le son, la photo. Ils les commercialisent sous le vocable High Tech. Tonton Freud ne manquerait pas de remarquer qu'il s'agit d'un homonyme de l'expression anglaise « I take » qui signifie « je prends ». Cela montre à quel point la High Tech est liée à un phénomène de consommation. Nous avons tous envie d'acquérir ces beaux objets intrinsèquement porteurs de la sorcellerie des temps modernes. Mais qui dit modernisme et consumérisme dit information. Voilà donc le rôle de notre magazine : vous aider à comprendre les nouvelles technologies, leurs implications et vous présenter les produits qui en découlent. Répondre à des questions simples. À quoi ça sert ? Comment ça marche ? Faut-il que je l'achète ?

Chaque mois, Le Rayon High Tech captera dans son faisceau de lumière les derniers objets de rêve qui envahissent nos maisons ou nos bureaux pour mettre en valeur leur utilité et parfois leurs défauts. Nous voilà, à la fois journalistes des temps modernes et petits-fils de James Bond...


Le Rayon High Tech n°2

On se fait une toile ou on garde nos chaînes ?

Le mois prochain, j'aurai l'occasion de développer un concept intéres­sant: le Home Video Theater. De quoi s'agit-il ? Simplement de recréer chez soi, dans son salon ou sa salle à manger, un environnement té­lévisuel proche du cinéma. Des spécialistes se sont penchés sur la question et vous proposent aujourd'hui la totale: écran géant au format panoramique 16:9, récepteur satellite sophistiqué pour capter les meilleurs films, et surtout environnement audio en son surround pour connaître le grand frisson, quitte à vous fâcher définitivement avec vos voisins.

L'idée de faire son cinéma à la maison est très séduisante. Elle montre à quel point les technologies ont évolué, tant sur le plan de l'image que des effets so­nores. Elle reste pourtant inquiétante parce qu'elle va développer un penchant naturel chez l'individu : la propension à passer des heures devant un écran, le derrière collé comme une ventouse sur son canapé.

Le cinéma de grand papa, celui des salles communes qui fleure bon la sueur et le parfum mélangés, ne risque-t-il pas d'y perdre des plumes ? N'est-ce pas un nou­veau coup porté à une forme sympathique de vie sociale ? Celui qui a le courage «de se faire une toile» râle parfois

parce que son voisin de gauche mange des pop-corns. Et les deux gamines arrivées bruyamment en cours de séance se sont assises dans les sièges vides juste devant lui. Depuis, elles n'ont cessé de s'agiter et de pouffer de rire. C'est emmerdant, mais c'est la vraie vie. Alors profiter des hautes techno­logies à la maison doit être un plaisir de jouisseur, mais ne doit pas nous couper du reste du monde, même (et surtout) s'il nous dérange. Or le déferlement des programmes à la télévision et l'amélioration des conditions de réception sont comme le chant des sirènes, si doux aux oreilles d'Ulysse. Les médias n'ont qu'un but : nous faire consommer encore et toujours plus d'images, quitte à nous lessiver le cortex. Vous rappelez­-vous de ces cours de philo où l'on disséquait les notions d'Action et de Connais­sance ? Vues à travers le filtre des médias, elles prennent un nouvel aspect. Si la Connaissance, que les images nous apportent, occulte l'Action qui nous pousse à nous frotter à la vie, l'homme du 21e siècle sera prisonnier et ses chaînes s'appelleront: chaînes télévisées, chaîne vidéo, chaîne stéréo...

Jean-Louis Le Breton


Le Rayon High Tech n°3

Faut-il vous l’aplatir ?

Je suis époustouflé par les progrès de la technologie. Je m'émerveille en utilisant Bi-Bop à un coin de rue. Je me promène avec un casque sans fil dans le salon pour écouter des disques au son laser. Je paie avec ma carte à puce. Je fais de la mise en page ou du transfert d'image sur mon ordi­nateur. Bref, tout cela est formidable. Avec les microprocesseurs et les circuits imprimés, on arrive à miniaturiser l'électronique à un point inimaginable: voyez les organiseurs qui tiennent dans la main et of­frent des fonctions incroyables comme la recon­naissance de l'écriture ou le fax automatique.

Et pourtant, parmi cette débauche de gadgets high­ tech qui nous facilitent la vie, un seul objet se refuse obstinément à évoluer: le tube du téléviseur. Alors que 1994 s'annonce comme une grande année technologique (avènement du Home Video Theatre, télévision numérique, Full motion video, succès du satellite, épanouissement des pro­cesseurs Risc, etc.), nos téléviseurs continuent de traîner le poids de leurs épouvantables tubes comme un boulet. Que font les industriels? Ils nous promettent l'écran plat depuis des années, mais, aujourd'hui encore, un poste dont la dia­gonale frôle 80 cm, pèse près de 80 kilos. C'est totalement insensé et anachronique.

Si j'insiste tant sur ce problème, c'est que je suis inti­mement persuadé que l'avenir de la télé comme de l'in­formatique passe par une remise à plat (c'est le cas de le dire) de la technologie des écrans. Ce qui freine l'interactivité, c'est bien l'unicité et la taille de l'écran. La recherche d'information dans un livre est souvent plus rapide et naturelle que l'emploi d'outils informatiques. Le dictionnaire en est un très bon exemple: il est plus facile de tourner des pages pour chercher un mot que d'allumer son ordinateur et de charger le programme du Robert.

Je rêve donc, pour les années à venir, d'écrans plats et souples, pas plus épais qu'une feuille de papier. On pourrait les glisser dans sa sacoche, les emmener partout avec soi et, pourquoi pas, les relier comme un livre. Au lieu de feuilleter du papier, on tournerait physiquement des pages écrans. Et pour peu que les télécommunica­tions aient fait quelques progrès, il n'est pas insensé de penser que ces vidéo-livres puissent afficher des programmes reçus par satellite, qui mélangeraient texte et vidéo. Au lieu de zapper, on tournerait les pages, ce qui redonnerait au lecteur-spec­tateur une véritable activité de découverte et de culture. Un contrepoint idéal à la passivité actuel du téléspectateur moyen.

Alors, messieurs les industriels, qu'attendez-vous pour nous les aplatir?

Jean-Louis Le Breton


Le Rayon High Tech n°4

Le permis de zapper

Pour les étrennes, je me suis offert un téléviseur neuf et un magnétoscope sté­réo. Ces deux appareils sont tellement sophistiqués qu'il m'a fallu une bonne journée pour décortiquer les modes d'emploi et réaliser branchements et ré­glages. Les fêtes encore proches avaient peut-être légèrement ramolli mon bulbe rachidien. Au bout du compte tout marche bien, mais comme je pos­sédais déjà un récepteur satellite et un lecteur de disques vidéo laser, je me re­trouve avec une batterie de télécommandes qui, alignées les unes à côté des autres, ressemblent à s'y méprendre au tableau de bord d'un Boing 747.

Au début, j'étais ravi parce que j'ai toujours adoré tripoter des boutons (on ne va pas contre sa nature). Mais les choses se sont gâtées lorsque ma femme a pris les opérations en main. Parce que si elle aime bien regarder Christine Bravo papoter dans Frou Frou ou Jean-Luc Delarue présenter La Grande Famille, elle déteste en revanche la complexité de notre installation audio-vidéo. Ce n'est pas la technique qui l'inté­resse, mais le programme. Notre vieux poste lui convenait parfaitement et présentait des tas d'avantages : une seule télécommande, un réglage très simple du volume, des cou­leurs, du contraste et du choix des chaînes.

L'intrusion des nouvelles technologies au sein de l'appartement a compliqué notre univers audiovisuel. Et je dois admettre qu'il faut y mettre du sien pour s'y retrouver. Il y a trois prises Péritel à l'arrière de mon nouveau téléviseur, plus une entrée audio/vidéo pour le caméscope et une autre pour l'antenne hertzienne. Le satellite est connecté sur la Péritel 3 et le magnéto­scope sur la 2. Ces deux appareils sont éga­Iement reliés à la chaîne hi-fi (l'un sur l'en­trée AUX et l'autre sur l'entrée tuner). Lorsqu'on allume le poste, il faut déjà choisir la source d'image (El, E2, E3, AUX ou l'antenne hertzienne). Cette source est différente selon la chaîne. Pour regarder TF1, il faut passer par l'antenne hertzienne, parce que je ne la capte pas avec le satellite. Pour regarder les chaînes du satellite, il faut choisir la source B, puis la télécommande du démodulateur et viser celui-ci et non pas le téléviseur. Enfin, si l'on veut profiter à la fois du son du téléviseur stéréo et de celui de la chaîne hi-fi, il faut jongler entre l'entrée auxiliaire et l'entrée tuner afin de ne pas entendre le son de MCM quand on passe sur France 2, par exemple. Pour corser le tout, mon poste ultra-moderne est truffé d'informatique. Les réglages s'effectuent par affichage de menus en cascades à l'écran. Les possibilités sont très étendues. Je peux par exemple envoyer l'image du sa­tellite vers le magnétoscope par l'intermédiaire des prises Péritel du poste. (Je n'ai mis que deux jours à comprendre comment y arriver.)

La morale de cette histoire, c'est que le souci d'ergonomie et de simplicité n'est pas en­core entré dans le crâne des constructeurs. Tout à leur plaisir de nous offrir des produits hautement perfectionnés, ils ont un peu oublié ce qui nous intéresse vraiment : naviguer dans un monde d'images sans avoir à passer un permis de zapper.

Jean-Louis Le Breton


Le Rayon High Tech n°5

Qui va tirer les ficelles des Guignols ?

Je ne connais pas personnellement André Rousselet et je me soucie assez peu de son passé. Qu'il ait été socialiste ou non m'est bien égal. Je me contrefiche de savoir qu'il est l'ami personnel de François Mitterrand. C'est aussi le cas de Chaban Delmas ou de Sophie Marceau, et cela ne m'empêche pas de dormir.

Je reconnais une grande qualité à André Rousselet, c'est d'avoir fait de Canal Plus un véritable succès populaire. En tant qu'abonné à la chaîne et à Canal Satellite, j'apprécie quotidiennement le travail des journalistes, je rigole en regardant les Guignols et cette indépendance un peu folle me satisfait pleinement.

Il est vrai que Canal Plus éclate de santé sur le plan commercial (l'abonnement me coûte cher, mais je suis maso), et presque tout ce que Rousselet, Lescure et leur équipe ont touché s'est transformé en poule aux œufs d'or.

Non contents d'être de sympathiques grandes gueules à l'écran, les dirigeants de la chaîne cryptée ne cachent pas leurs idées en matière d'audiovisuel. Ainsi André Rousselet dans un article envoyé au Monde le 1 7 février dernier, dénonce-t-il "Les échecs de France Télécom dans les dernières décennies : TDF1, D2 Mac Paquet et le plan câble."

Il a raison. Les satellites ont connu des problèmes, D2 Mac Paquet est un standard avorté, quant au plan câble, personne n'oserait en faire un modèle de réussite commerciale. Or, et soudain tout devient intéressant comme dans un feuilleton de Dallas, nous apprenons que France Télécom a fait son entrée dans le capital de la société Havas, elle-même actionnaire de Canal Plus. Pour Rousselet, c'est le loup dans la bergerie. Il se compare au premier rempart d'une place forte qui vient de tomber, et exhorte ses troupes à ne pas relâcher leur vigilance pour éviter le pire: l'invasion totale.

De fait, on est légitimement en droit de se demander si, à l'avenir, les dirigeants de Canal critiqueront aussi ouvertement les erreurs (voire les égarements) du service public en matière d'investissement audiovisuel et médiatique.

On sait que l'enjeu des images sera déterminant dans les années à venir. Et ceux qui contrôleront les réseaux de distribution de ces images tiendront en leurs mains un pouvoir immense. Ce seront les autoroutes de la communication, chères à Clinton et aux Américains qui se voient déjà en installateurs mondiaux de péages. Il est dommage qu'une société de création de programmes de télé et de cinéma n'ait plus son mot critique à dire quant aux vecteurs qui vont véhiculer sa production. Cela me paraît inquiétant.

Bien sûr, la manœuvre aboutissant au départ de Rousselet a d'autres effets pervers. Elle dépossède virtuellement la chaîne du fruit de son succès (alors que celui-ci s'est tout de même bâti sur l'assise des capitaux de ses financiers), elle réactive les vieilles tentations de main mise du pouvoir sur un média, et elle déstabilise une équipe soudée. Ce manque d'élégance, teinté d'un brin de perversion (après tout, Rousselet n'était pas si loin de la retraite) justifie l'inquiétude du personnel de Canal, mais aussi des abonnés que nous sommes.
Jean-Louis Le Breton.


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