Le Rayon High Tech

Le Rayon High Tech est un mensuel consacré aux nouvelles technologies que j'ai édité à la suite de l'hebdomadaire Micro à Micro, avec sensiblement la même équipe rédactionnelle et commerciale. Le succès n'étant toujours pas au rendez-vous, j'ai arrêté ce magazine avant qu'il ne prenne l'eau de toute part. Il était pourtant d'avant garde et à la pointe de la technologie. Avec Laurent Katz comme excellent rédacteur en chef, on s'est éclatés... Après réflexion, je me suis dit que mes éditoriaux de l'époque étaient toujours agréables à lire et vous les trouverez donc en regard de chaque couverture des onze numéros du Rayon High Tech.


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Le Rayon High Tech n°6

Pas de lente reprise pour l’entreprise !

Hier soir, France 2 organisait un vaste débat sous le titre Demain les Jeunes, animé par Michel Field. Ancien soixante-huitard lui-même, Field était très à l'aise pour mener la discussion, avec du caractère et sans démagogie. Chacun s'est exprimé, du lycéen à l'étudiant, les français, les beurs, les ministres, les policiers et même l'incontournable Bernard Tapie.

Le thème central était, bien sûr, le CIP. Pourtant un malaise plus profond perçait à l'écoute des jeunes. L'inévitable et lancinant refrain démoralisant d'une société sans promesse d'emplois et d'un gouvernement inefficace. Madelin leur proposa de mener une réflexion commune pour chercher des remèdes à la crise. Ce à quoi une jeune femme lui répondit que c'était lui l'homme politique et qu'il lui incombait de trouver des solutions. Ces renvois de balle manquaient d'imagination.

Personne, à aucun moment, n'a abordé le sujet de l'entreprise, si ce n'est pour présenter les patrons comme de vilains grigous. Il me semble pourtant que l'aide à la création d'entreprise est l'une des clés de la mutation de la société. Parce que dans le domaine des nouvelles technologies dont nous parlons tous les mois dans ce magazine, les perspectives sont multiples.

La communication, le multimédia, les télévisions, la téléphonie, l'informatique sont autant de terrains fertiles à défricher. Demain, tout le monde sera sous la perfusion des nouveaux médias. Nous avons besoin d'entrepreneurs créatifs, sans préjugés, pour occuper ces espaces nouveaux et prometteurs.

Voilà peut-être l'une des clés à la crise: aider les initiatives et donc mettre la pédale douce sur les impôts et les charges sociales qui pèsent sur les sociétés qui démarrent. Il faut aussi simplifier les démarches administratives.

Dans les années soixante, on ne jurait que par l'électronique qui a tenu beaucoup de promesses (plus chez nos amis américains que chez nous). Les années soixante dix ont vu éclore l'informatique et son cortège d'activités.

Ce sont les nouvelles technologies, toutes confondues, qui apporteront une manne d'emplois directs et indirects: créateurs et animateurs de réseaux, plate-formes d'échanges, télécommerce, télétravail. Toutes les structures de la société actuelle vont vaciller pour être remplacées par d'autres qui sont à inventer: nouvelles façons de travailler, de communiquer, d'acheter, d'apprendre. Tout est à refaire.

Or, la base de cette révolution, son ciment, c'est l'entreprise. De la même façon que la famille est la cellule primaire de la société.

Alors, allons-y! Ouvrons à tous les autoroutes de la communication sans faire payer de péage.

Jean-Louis Le Breton


Le Rayon High Tech n°7

Je continuerai de zinzinuler.

Edito en français dans le texte

Je continuerai de zinzinuler.

En tant que vieux revuiste, l'envie me prend soudain de sauter dans l'abstrus. Non point que je cherche à m'acagnarder dans ce style françois, mais les récentes sorties de notre acescent ministre de la culture ont provoqué en moi une crise d'acétonurie. La défense de la langue ! la belle affaire ! Comment peut-on oser vouloir légiférer sur nos libertés de parler ou d'écrire ? Malgré le bicaméralisme politique, j'ai l'impression de recevoir une chantignole sur l'occiput lorsque j'ouïs ces bélîtres du verbe qui nous touent vers une société bifide.

Le français accrescent est une fleur acquisitive que nul ne saurait accouer. J'aime les catachrèses et les anacoluthes, les sylepses ou les métonymies. Mais je hais ceux qui débagoulent sur le mélange des mots. J'abhorre les frileux qu'un anglicisme plonge en pleine diaphorèse et qui simulent l'otorrhée.

Ces pedzouilles à l'esprit rancescible, au discours de chattemite affectent de vouloir radouber notre langue. L'admixtion linguistique est mon seul credo et je partirai volontiers en guerre contre ces censeurs à l'esprit pondéreux. Même si je reste seul à zinzinuler, mon cri sera celui d'une langue rudérale.

Jean-Louis Le Breton

Edito en français d’aujourd’hui

Boostons le morphing et zappons sur nos cd-roms

A peine sorti de week-end, je zappe sur les news. les guignols s'enquillent la tronche de Jack Allgood because son projet de loi. Ils l'attaquent sous l'angle du jeu de pied (football) et font déblatérer Thierry Roland sur la disparition du corner (coup de pied en coin). A mon tour, je songe aux implications des directives ministérielles dans les domaines qui nous branchent ! Voilà quelques mots que nous devrions rayer de nos colonnes: high-tech, hi-fi, tuner, CD-Rom, surround, kit, bass-reflex, auto reverse, flash, PowerPC, hardware, software, Windows, Apple,morphing, booster, laserdisc, etc. Sans tomber dans l'anglophilie aveugle, je ne suis pas prêt à amputer mon vocabulaire technique, même si je continue à aimer ma langue classique (voir plus haut).

John-Lewis The Brittan

PROF HAUTE TECHNOLOGIE

Quel édito avez-vous le plus de mal à comprendre? Celui qui est en pur français classique ou celui qui est en français vivant ? Si c'est le premier, voici quelques définitions.

Abstrus : abscons, s'acagnarder : s'installer paresseusement, accouer : attacher par la queue, accrescent : qui continue de s'accroître après fécondité, acescent : qui s'aigrit et devient acide, acétonurie: présence d'acétone dans les urines, acquisitif : qui appartient, admixtion : addition avec mélange, adventice : qui n'est pas inné, anacoluthe : rupture dans la construction d'une phrase, bélître : homme de rien, bicaméralisme: système politique à deux assemblées, bifide : fendu en deux, catachrèse : détournement du sens d'un mot, chantignole : pièce de bois soutenant une charpente, chattemite : affecter des manières pour tromper son entourage, débagouler : vomir, diaphorèse : transpiration abondante, métonymie: exprimer un concept par un autre, otorrhée : écoulement de pus dans l'oreille, pedzouille : rustre, pondéreux : lourd, radouber : remettre un bateau en état, rancescible : susceptible de rancir, revuiste : auteur de revues, rudéral : qui croît parmi les décombres, touer: remorquer, zinzinuler : cri de la fauvette.


Le Rayon High Tech n°8

Le come-back des babas

Directement descendus du plateau du Larzac, fleurant bon la vache et le lait de brebis caillé, vêtus de tuniques indiennes (voire afghanes), de pantalons pat' d'eph et de bérets basques, les babas sont de retour ! Ils se meuvent dans des volutes de haschisch au son des sitars de Ravi Shankar. S'agit-il d'un rêve? Non. C'est de la publicité.

Si vous avez manqué la pub de Citroën pour la promotion de l'Évasion (la concurrente de l'Espace Renault), vous avez raté le retour des babas.

Je suppose que le raisonnement des publicitaires ne s'entoure pas toujours de discours intellectuels (sauf pour épater l'annonceur) et dans le cas qui m'intéresse, ils sont allés droit au but. La Citroën Évasion est une voiture familiale mais moderne. Du high tech pour tous, en quelque sorte. "A qui la vendrons-nous? " se sont-ils sans doute demandé. Réponse: à des familles ayant des enfants (2, 3 ou plus), mais tout de même assez aisées (le high tech coûte cher). Donc plutôt la génération des 35-45 ans qui a réussi. Et que faisaient ces gens là il y a vingt ans ? Ils étaient babas! Toc.

Le baba est de retour. Pour le trouver, pas de problème: il est épinglé en plein centre de la cible marketing des publicitaires cités plus haut. Mais le baba a changé. Aujourd'hui, recyclé techno et naviguant du costume écolo à celui du cadre responsable, le baba bosse. Moins véloce que le fisc, il s'est résolu à payer des impôts.

Il préfère la maison de campagne avec jardinier à la communauté "chevrière" des basses Cévennes. Il s'est embourgeoisé, et ce joli fruit replet élevé au jus de fIower power excite la convoitise des pros de la vente et des camelots informatisés.

Le baba reconverti et vieillissant est-il l'innocente victime des loups du négoce ? Pas sûr. En revanche beaucoup de ceux qui se nourrissaient d'idéal communautaire ou se gargarisaient d'autogestion sont aujourd'hui des fanas de nouveautés technologiques. Pourquoi ? Parce que celles-ci sont porteuses de rêve et d'espoir : voyez les téléphones en liberté, la télé en liberté, la facilité de communiquer avec le monde entier. Voilà qui titille le baba enfoui sous une couche d'années de crise et quelques épaisseurs de tee-shirt Lacoste. Il se prend à rêver de campagne (la vraie, pas la campagne publicitaire). I1 voit se développer autour de lui des communautés virtuelles porteuses d'émotion auxquelles il voudrait s'intégrer (vous comprendrez mieux le jour où vous vous connecterez sur l'Internet). Bref, un léger filet d'huile jailli de la burette technologique vient dégraisser son tiroir à souvenirs et le baba s'émeut.

Les publicitaires ont-ils raison ? La fin du siècle sera peut-être marquée par le grand retour des babas. Mais cette fois équipés des meilleurs outils technologiques pour donner corps à leurs rêves, sans rester les pieds coincés dans le fumier entre deux chèvres faméliques!
Jean-Louis Le Breton


Le Rayon High Tech n°9

Tout est simple, c’est moi qui vieillis.

Pas plus tard que récemment, j'étais en grande conversation avec un mien ami à propos des mérites du progrès. Il soutenait mordicus la thèse selon laquelle, les nouvelles technologies aidant, les appareils domestiques deviennent de plus en plus simples à utiliser. Inutile de vous dire que j'adoptais immédiatement le contre-pied de ses affirmations pour lui démontrer, qu'au contraire, rien n'est facile et tout se complique. Je passais rapidement sur le cas des nouvelles télécommandes qui, à lui seul, pouvait déjà lui faire ravaler l'ensemble de ses arguments. Mais j'étais remonté comme une pendule et bien décidé à trouver d'autres exemples pour appuyer mon propos. Je lui ai donc déballé en vrac ce qui a empoisonné ma vie ces derniers temps. Ça a commencé par des relations conflictuelles avec mon téléviseur et ses satellites associés. Il ne

m'a fallu QUE deux jours pour régler correctement mon nouveau récepteur et enfin capter Télécom lA. Avec les menus, les sous-menus, et les sous-sous menus de la télé et du tuner, les réglages deviennent acrobatiques. Les ingénieurs appellent ça OSD (On Screen Display: affichage des réglages à l'écran). Moi j'appelle ça DEZ (Degré d'Ergonomie Zéro). Bravo à

celui qui ne s'emmêle pas les pinceaux pour simplement diminuer un peu le contraste ou ajouter de la couleur. Ça a continué avec le téléphone. A l'occasion de notre déménagement (à propos, notez bien notre nouvelle adresse), j'ai réactivé le Bi-Bop. Impossible deretrouver la manip pour déverrouiller le mot de passe, irrémédiablement égaré dans les cartons. Impossible également de mettre en marche le processus pour pouvoir être appelé. (Se mettre en veille, appuyer sur la touche bleue, puis sur le 8, attendre le retour de l'affichage Bi-Bop sur l'écran et éteindre l'appareil. Tout le monde connaît ça par cœur).

Enfin ça s'est achevé avec la Hifi. La chaîne qui se trouve dans mon bureau est dotée de 60 boutons sur la télécommande, 42 boutons en façade et 27 boutons dans un tiroir qui accepte de s'ouvrir automatiquement dès que vous avez localisé le sésame en façade. Elle dispose d'une pendule qui, fait exprès, n'était pas à l'heure. J'ai voulu la régler, ça m'a pris la matinée. (Une heure pour chercher seul, une autre pour chercher avec le rédacteur en chef, une troisième pour chercher le manuel). On a fini par trouver la méthode. Il suffisait d'appuyer sur Timer Check, puis garder la touche Set enfoncée pendant PLUS de deux secondes, puis régler l'heure avec les touches de recherche de stations du tuner. Je ne comprends pas comment ça avait pu nous échapper...

Le coup des touches enfoncées pendant plusieurs secondes, on me l'a déjà fait avec les montres électroniques. Celles qui ne disposent que d'une paire de poussoirs pour activer des dizaines de fonctions (chronomètre, minuteur, etc.).

J'aurais pu multiplier les exemples à l'infini. Quand j'ai eu terminé, mon ami était placé plus bas que Rocard dans les sondages. Et je n'ai pas parlé des meubles en kit, des machines à laver, ni des ordinateurs et leurs logiciels.

Bien sûr, vous devez vous dire : que fait ce garçon à la tête d'un magazine qui ne parle que de produits High Tech?

Ben justement, il faut bien que de temps en temps quelqu'un dise tout haut ce que tout le monde pense tout bas.
Jean-Louis Le Breton


Le Rayon High Tech n°10

Les prototypes de rêve.

En pénétrant dans le grand hall du salon de J'automobile, j'ai tout de suite senti que ça allait être une grande année. Peut-être parce qu'en temps de crise les constructeurs sont beaucoup plus créatifs et accueillants pour mieux pomper les fonds d'économies des consommateurs aux aguets.

De fait, les organisateurs et les exposants se sont défoncés: danseuses aguichantes autour des carrosseries en folie, buffets, champagnes, petits fours et projecteurs. Les journalistes que nous sommes ont été traités aux petits oignons. Il fallait bien cela en regard de la tonne de dossiers de presse que nous avons dû ramener du salon. Bref, plus les temps sont durs et plus les vitrines sont belles.

La pléthore de prototypes aux lignes ambitieuses était l'un des signes qui montrent qu'on veut nous faire rêver. Dans ce domaine, nos constructeurs français Citroën, Renault et Peugeot remportent la palme. Le premier avec la Xanae, un nom sorti tout droit d'un roman de science-fiction. Ce concept car est construit autour de la sécurité, la beauté et le confort. A mi-chemin entre la berline et le monospace, il bénéficie d'une technologie high tech : suspension hydractive, système de contrôle actif du roulis, moteur 2 litres 16V avec boîte automatique à pilotage électronique par commande satellite à proximité du volant. Installation audio avec changeur de CD, radiotéléphone mains libres, pare-brise immense couvrant en partie le toit, projecteurs alimentés par fibres optiques depuis des lampes à décharge : tout donne envie de s'installer au volant et de partir en vacances (avec Elle Mac Pherson ou Claudia Schiffer sur le siège passager).

Chez Renault, on la joue plus utilitaire avec Modus, un véhicule professionnel à motorisation hybride. Une base roulante peut recevoir des modules de chargement amovibles sans manipulation directe par le conducteur. La forme en U du châssis permet d'attraper les conteneurs à la façon d'un chariot élévateur pour transformer Modus en véhicule de transport ou en minibus. Le poste de conduite est entouré d'une bulle vitrée, assez laide, mais qui offre un champ de vision exceptionnel. La cabine est climatisée et le conducteur bénéficie d'une console de communication qui réunit un téléphone mains libres, un fax (pour les bordereaux de livraison, par exemple) et un système de navigation Carminat pour être guidé vers sa destination sans avoir préparé l'itinéraire et en évitant les embouteillages.

Enfin l'Ion de Peugeot (on remarquera le jeu de mot avec le Lion, symbole de la marque) est un véhicule électrique de ville d'une autonomie de 150 km, avec système info-trafic, détecteur de proximité, lecteur CD extractible, téléphone de poche et console arrière de jeux vidéo pour les enfants.

Ces véhicules de rêve nous réconcilient avec l'envie de consommer. Manque de chance, ce ne sont justement que des prototypes et trop souvent, lorsqu'ils arrivent sur les chaînes de montage, ils ont perdu en grande partie ce qui faisait leur audace et leur charme. (Comme la Laguna, par exemple). Alors, messieurs les constructeurs, de l'audace : osez produire en série

ces superbes voitures.
Jean-Louis Le Breton


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