Le Rayon High Tech

Le Rayon High Tech est un mensuel consacré aux nouvelles technologies que j'ai édité à la suite de l'hebdomadaire Micro à Micro, avec sensiblement la même équipe rédactionnelle et commerciale. Le succès n'étant toujours pas au rendez-vous, j'ai arrêté ce magazine avant qu'il ne prenne l'eau de toute part. Il était pourtant d'avant garde et à la pointe de la technologie. Avec Laurent Katz comme excellent rédacteur en chef, on s'est éclatés... Après réflexion, je me suis dit que mes éditoriaux de l'époque étaient toujours agréables à lire et vous les trouverez donc en regard de chaque couverture des onze numéros du Rayon High Tech.


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Le Rayon High Tech n°11

La revanche de la quadriphonie sur le congélateur.

Dans les années soixante-dix, le monde de la Hi-Fi a connu un essor considérable. Il s'agissait, pour les industriels, d'équiper l'ensemble du marché français en chaînes stéréos, en remplacement de l'antique tourne-disque des années soixante (merci Teppaz) voire du phono à aiguilles de grand'papa. Un extraordinaire gâteau qui a fait la fortune de quelques entreprises audacieuses et de commerçants avisés.

L'apparition du transistor, le traitement électronique du son et l'invention de la stéréo ont permis ce progrès fulgurant. Platines, tuners, enceintes et amplis ont fait irruption dans les salons du seizième comme dans les HLM de banlieue. Grâce à eux, on a enfin pu reproduire chez soi, et à un coût raisonnable, l'ambiance d'un concert en haute-fidélité. Cette période magique a également fait les beaux jours de quelques revues, dont le Haut-Parleur qui comptabilisait une incroyable quantité de pages pu blicitaires. D'ailleurs, nombre de lecteurs achetaient ces magazines pour la réclame plutôt que pour les articles. Comportement qu'on retrouve aujourd'hui en presse micro-informatique !

Vingt ans plus tard, la Hi-Fi est rentrée sagement dans la catégorie des produits bruns dont le taux de renouvellement suit celui des cuisinières ou des réfrigérateurs.

En clair, les rotations ne sont pas rapides. Pour redonner du peps à ce marché, il faut donc innover. Au milieu des années soixante dix, certains ont essayé, sans succès, d'imposer le concept de quadriphonie, espérant qu'il serait à la Hi-Fi ce que le congélateur avait été au marché des réfrigérateurs: un formidable coup de fouet. Mais si le congélateur amenait un service immédiat, palpable et touchant directement le bon sens paysan de la France profonde (la conservation durable des aliments), la quadriphonie n'apportait rien de particulier à la Hi-Fi, l'effet stéréo se suffisant à lui-même. Le salut est venu du cinéma. Grâce au génie de garçons comme Lucas ou Spielberg, l'image et le son ont pris une nouvelle dimension. Pour donner plus d'impact à leurs films, ils ont popularisé les effets Dolby. Désormais, tout corps lancé à grande vitesse depuis le fond de la salle vers le centre de l'écran se signale à l'oreille du spectateur via les enceintes surround avant de faire son apparition à 1'image. Frisson garanti. Par ailleurs, tout tremblement de terre, éruption volcanique ou course de dinosaures trouvent leur vraie résonance dans un volumineux caisson de basses placé sous l'écran. Bref, avec le Dolby Surround Prologic, l'image associée au son ont créé un nouveau march é: le cinéma de salon. C'est la revanche de la quadriphonie sur le congélateur. Parce qu'en ces temps où tout incite à rester chez soi, il existe aujourd'hui de vraies raisons de vouloir renouveler entièrement son équipement.
Jean-Louis Le Breton


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