La maison de Claudine

La maison de Claudine

La maison de Claudine
Colette

Écrit une vingtaine d’années après le dernier opus de la série (« Claudine s’en va ») ce livre n’est pas la suite des aventures de Claudine, c’est un recueil de 35 petits textes de souvenirs d’enfance de Colette. De cette enfance qui s’est déroulée dans la maison qui a servi de cadre aux aventures de Claudine. Une façon comme une autre de tomber les masques et d’avouer que Claudine, c’était bien Colette. Ce dont personne n’a jamais douté, je crois.

Ces textes nous sont livrés dans un certain désordre chronologique. Colette y parle de ses parents, de ses frères et de sa demi-sœur, de leurs voisins, de la vie du village. Sa mère y tient évidemment une grande place et elle lui consacre de très belles pages. Les amateurs de chats et de chiens pourront aussi se régaler, car elle nous offre quelques perles sur les animaux qui ont accompagné son enfance. On pourrait la taxer d’anthropomorphisme, car sous sa plume, ces chiens et ces chats sont plus humains que les humains. En réalité, c’est Colette elle-même qui se fait chatte ou chienne pour nous parler leur langage. C’est remarquablement écrit.

 

Maintenant, je voudrais revenir sur la série des « Claudine ». Ces livres de commande ont marqué l’entrée en littérature de Colette. Plus tard, elle en a dit qu’elle ne les considérait pas comme les meilleurs. Il n’empêche, les trois premiers sont des bijoux de littérature et de sensualité adolescente. Devenue femme, jamais Colette ne retrouvera cette fraîcheur juvénile et voluptueuse. Bien sûr elle écrira d’autres formidables chefs-d’œuvre, mais ceux-là ont une place à part. Parce que sous l’étiquette trompeuse de romans à l’eau de rose pour jeunes filles pubères, ils ont justement accompagné une génération de gamines en leur ouvrant les portes de la sexualité et d’une certaine forme d’érotisme. Cette série ne se limite pas à cela : elle est aussi une ouverture sur la nature, les animaux, la beauté des personnes, la rudesse parfois des rapports humains. Et c’est avant tout très bien écrit, plein d’humour et riche d’un magnifique vocabulaire.

Il est étonnant de constater que, dans ces trois romans Claudine/Colette ne parle jamais de sa mère. En revanche elle évoque ses cheveux courts et l’on comprend à demi-mots qu’ils sont le résultat de la coupure du cordon ombilical. Je pense que l’écrivaine avait besoin de prendre de la distance avec sa Sido avant de lui revenir et de renouer cette relation qui restera forte tout au long de sa vie.

Les Claudine sont aussi le brouillon de la vie amoureuse de Colette : son rapport d’amour égal avec les femmes et les hommes, son besoin d’avoir dans sa vie des pères-maris, des mères-amantes, mais aussi des filles-maîtresses et de jeunes garçons-amants. Elle a connu tout cela, elle a tout essayé, elle a tout vécu. Elle s’est donnée et elle a pris sans compter. Et, pour notre plus grand bonheur, elle nous a tout restitué sous forme littéraire avec un style nouveau, moderne, à la fois poétique et les pieds ancrés dans la terre. Du grand art.

En résumé, je recommande à tous la lecture de ces trois premiers volumes qui forment un tout cohérent… et beaucoup de plaisir à ceux qui y plongeront le nez !

 

PS : Je tiens beaucoup à cet exemplaire de « La maison de Claudine » qui a été offert à ma mère, alors toute jeune fille, et qui est dédicacé de la main de Colette à son attention…

jllb

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