Jésus-la-Caille

Jésus-la-Caille

Jésus-la-Caille
Francis Carco
Grasset

Jésus-la-Caille est le premier roman de Francis Carco, écrit entre 1914 et 1917. Il se passe dans le Paris des années 1910 et dans le milieu de la prostitution et du banditisme. L’écriture (principalement dans les dialogues) fait largement appel à l’argot parisien et peut rendre la lecture difficile pour ceux qui ne sont pas initiés aux arcanes de ce langage de la rue.

Jésus-la-Caille est un gigolo, à peine sorti de l’adolescence, homosexuel et en couple avec Bambou. Les deux jeunes gens se prostituent pour vivre et sont mal vus par certains « hommes du milieu ». Dominique le Corse, qui les déteste, monte un coup pour faire « tomber » Bambou qui est incarcéré. Fernande, la régulière de Dominique, régulièrement battue par son homme est secrètement amoureuse de Jésus-la-Caille. Pépé-la-Vache, sombre personnage est, lui, amoureux de Fernande. Il piège Dominique qui à son tour est « entaulé ». Fernande se donne à Jésus qui l’accepte, mais sans lui retourner l’amour qu’elle réclame. Dépitée, elle finit par tomber dans les bras de Pépé qui s’avère être un indic. Comment se terminera l’affaire quand le Corse sortira de prison ? On assiste à un jeu de chaises ou chacun sait qu’il risque sa peau en ne respectant pas les lois du milieu : « je suis la femme de… » ou « je ne pique pas la femme de… »

D’un point de vue féministe, c’est le moyen-âge. Mais d’un point de vue historique, on suppose que ça se passait vraiment comme ça. Les maquereaux battaient leurs filles et prétendaient qu’elles ne les respectaient que dans ces conditions. Une mentalité et des lois que les femmes elles-mêmes acceptaient. On se rappelle les paroles de la chanson de Mistinguett, « Mon homme » :

I’m’fout des coups ! 
I’m’prend mes sous ! 
Je suis à bout, mais malgré tout que voulez-vous… 
Je l’ai tell’ment dans la peau, 
J’en d’viens marteau. 
Dès qu’il s’approche c’est fini, 
Je suis à lui. 

Ce roman est étonnant par la description des bas-fonds de Paris, mais surtout par l’analyse des comportements des deux personnages principaux (Jésus et Fernande), à la fois frustes et en manque permanent d’amour. Leurs brusques changements d’attitude surprennent le lecteur. Mais on finit par se poser la question : dans un milieu aussi brutal que celui de la prostitution, les sentiments sont-ils exacerbés, violents et radicaux ? Carco finit par nous le faire croire.

Un de mes amis (plutôt âgé) me disait : « Carco, c’est très daté et ça a mal vieilli ». Moi qui le découvre, je lui trouve un style d’écriture très personnel, très actuel et j’ai eu grand plaisir à lire la vie de Jésus-la-Caille.

jllb

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