Jeanne Marais

Jeanne Marais

Je viens de découvrir une nouvelle écrivaine dont le premier titre m’a positivement emballé : il s’agit de Jeanne Marais. Derrière ce pseudonyme se cache Lucienne Marfaing, née en 1888 et morte en 1919 à l’âge de 31 ans. Vous me connaissez : la curiosité est mon plus vilain défaut et j’ai voulu en savoir plus. Sa fiche Wikipédia nous indique qu’elle a écrit dix-neuf romans (pas mal, en si peu de temps !), mais parle peu de sa vie et des conditions de sa mort. En fait elle s’est suicidée au gaz d’éclairage. J’ai retrouvé le récit de son agonie dans l’Excelsior du 30 mai 1919. Mais pourquoi avoir mis fin à sa vie si jeune ? On trouve la réponse dans la préface qu’Adolphe Brisson, journaliste et éditeur, fait du dernier livre de Jeanne Marais, paru à titre posthume : « Le mariage de l’adolescent ».

Brisson détient des lettres de la correspondance que Lucienne entretenait avec son cousin André Lang. Elle avoue avoir tout sacrifié à la littérature et avoir brûlé sa jeunesse à la pointe de sa plume. À la mort de son père (elle vivait avec ses parents), des revers de fortune ont compliqué sa vie. Après avoir vécu une enfance et une jeunesse plutôt bourgeoise, elle ne pouvait plus compter que sur ses talents d’écriture pour gagner chichement sa vie et celle de sa mère. Cette dernière meurt le 13 octobre 1917 et la laisse désemparée. C’était, pour Lucienne, la confidente idéale et sa plus grande supportrice. Elle ne s’en remettra jamais. Déçue par le genre humain en général et le marigot littéraire en particulier, elle met fin à ses jours alors qu’une belle carrière s’ouvrait devant elle.
Lisant ses deux premiers romans, on peut supposer qu’elle a connu des déboires amoureux, sans doute parce que sa famille n’était pas assez fortunée pour lui offrir une belle dot au moment où elle a été en âge de se marier. Par ailleurs, elle aurait mal vécu le passage d’une vie bourgeoise aisée à celle d’une écrivaine sans le sou.
La vignette, seul portrait d’elle à ma connaissance, laisse entrevoir une très belle femme. Tout comme “Nicole” héroïne de ses deux premiers romans au parfum autobiographique…

jllb