L’idole du beau sexe – Le marquis de Létorière

L’idole du beau sexe – Le marquis de Létorière

L’idole du beau sexe – Le marquis de Létorière
Jeanne Landre et Gabriel Letainturier

Je poursuis méthodiquement l’exploration de l’œuvre de Jeanne Landre avec ce livre, « L’idole du beau sexe – Le marquis de Létorière », écrit conjointement avec Gabriel Letainturier… qui apporte une coloration spéciale au récit (ah ah ah, je suis en forme ce matin).
Qui était ce Letainturier ? Apparemment un sous-préfet de l’Yonne. De son vrai nom Gabriel Letainturier-Fradin, il est surtout connu comme historien de l’escrime et pour y avoir consacré quelques ouvrages. Il a également écrit une biographie de « La chevalière d’Éon » et plusieurs livres sur le thème du duel. Pas évident de savoir quelle est sa contribution dans ce roman de Jeanne Landre. Peut-être comme conseiller puisqu’il contient de nombreuses scènes de duels.

L’idole du beau sexe est donc ce jeune marquis de Létorière, né avec une cuillère en argent dans la bouche et béni des dieux. Tel le paon, il se pavane grâce à son extraordinaire beauté, ses belles manières, son charme irrésistible. Une machine à séduire les femmes, et il ne s’en prive pas. Toutes tombent dans son escarcelle. Frivole, joueur, dépensier invétéré, il grille la vie par tous les bouts. Il se ruine régulièrement, mais trouve toujours une nouvelle maîtresse, plus riche que la précédente, prête à faire des folies pour l’entretenir. Les comtesses, les duchesses et les baronnes se le disputent. Il en use, en abuse, jette l’une pour se précipiter dans les bras de l’autre. Un personnage qui n’est pas sans rappeler le marquis des Arcis de Diderot (dans « Jacques le fataliste ») dont je parlais récemment suite à l’adaptation cinématographique réalisée par Emmanuel Mouret : « Mademoiselle de Joncquières » (voir mon article ici : https://jeanlouislebreton.com/?p=3365). Tout comme celui-ci, Létorière finit puni par les femmes d’une manière que je ne dévoile pas pour ne point déflorer le sujet et laisser perler à vos lèvres la bave de l’envie.
Ce roman ne serait qu’une gaudriole très plaisante à lire s’il ne posait quelques questions auxquelles je n’ai pas trouvé toutes les réponses. En effet, Létorière, parmi sa pléthore de maîtresses, vit une aventure torride avec Mme de Mazarin, puis une autre tout aussi brûlante avec Jeanne Bécu qui adopta le pseudonyme de « Mlle de Vaubernier » avant de devenir la fameuse comtesse du Barry, favorite de Louis XV. Létorière fait sa connaissance alors qu’elle travaille comme modiste (véridique), puis comme prostituée (toujours véridique) et n’a pas encore entamé l’ascension qui en fera la maîtresse du roi. Or, ces deux femmes ayant réellement existé, la question se pose au lecteur de savoir si le marquis de Létorière fut une pure invention littéraire ou bien s’il fut un être de chair et d’os.
Une première réponse vient assez rapidement, puisque « Le marquis de Létorière » est un roman d’Eugène Sue (disponible en lecture libre sur wikisource ici : https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Marquis_de_L%C3%A9tori%C3%A8re_(Eug%C3%A8ne_Sue) ). De fait les deux personnages se ressemblent. Celui de Jeanne Landre se prénomme Armand, celui d’Eugène Sue s’appelle Charles. Leurs vies ne sont pas racontées de la même façon, mais ils sont tous les deux très beaux et de grands séducteurs à l’époque de Louis XV, et ils meurent dans les mêmes circonstances. Jeanne Landre se serait librement inspirée d’Eugène Sue ? Pas sûr du tout. Car elle-même, dans son roman, fait allusion aux mémoires dudit marquis de Létorière. Je cite : « Il se plut à composer une sorte d’autobiographie qui parut en 1785 sous le titre “L’année galante ou intrigues secrètes du marquis de L…”, dans laquelle on relève des aphorismes et des aveux dignes d’Épicure. »
Or, j’ai vérifié, ce livre existe bel et bien ! On le trouve sur un site marchand dont la pudeur m’oblige à taire le nom et dont le patron ne va pas tarder, lui aussi, à s’envoyer en l’air, mais à bord d’une de ses fusées. Ce serait plutôt cet ouvrage qui aurait inspiré Jeanne Landre. Il me reste à le lire (si j’en trouve une copie à un prix raisonnable). Mais ce n’est pas tout. Maurice Rostand, fils d’Edmond et frère de Jean, romancier et auteur dramatique a, lui aussi, écrit une petite comédie en quatre actes intitulée « Monsieur de Létorière » que je vais également devoir lire pour tâcher d’en savoir plus.

https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Marquis_de_L%C3%A9tori%C3%A8re_(Eug%C3%A8ne_Sue) ). De fait les deux personnages se ressemblent. Celui de Jeanne Landre se prénomme Armand, celui d’Eugène Sue s’appelle Charles. Leurs vies ne sont pas racontées de la même façon, mais ils sont tous les deux très beaux et de grands séducteurs à l’époque de Louis XV, et ils meurent dans les mêmes circonstances. Jeanne Landre se serait librement inspirée d’Eugène Sue ? Pas sûr du tout. Car elle-même, dans son roman, fait allusion aux mémoires dudit marquis de Létorière. Je cite : « Il se plut à composer une sorte d’autobiographie qui parut en 1785 sous le titre “L’année galante ou intrigues secrètes du marquis de L…”, dans laquelle on relève des aphorismes et des aveux dignes d’Épicure. »
Or, j’ai vérifié, ce livre existe bel et bien ! On le trouve sur un site marchand dont la pudeur m’oblige à taire le nom et dont le patron ne va pas tarder, lui aussi, à s’envoyer en l’air, mais à bord d’une de ses fusées. Ce serait plutôt cet ouvrage qui aurait inspiré Jeanne Landre. Il me reste à le lire (si j’en trouve une copie à un prix raisonnable). Mais ce n’est pas tout. Maurice Rostand, fils d’Edmond et frère de Jean, romancier et auteur dramatique a, lui aussi, écrit une petite comédie en quatre actes intitulée « Monsieur de Létorière » que je vais également devoir lire pour tâcher d’en savoir plus.

Bref, pour nous résumer, qu’il ait existé ou non, Létorière est une sorte de parangon de l’amour, un substitut de Don Juan, une figure tutélaire de la séduction masculine, un archétype du suborneur, une icône du bourreau des cœurs, un prototype d’embobelineur, un homme à femme chéri de ces dames, et il servit de mythe littéraire à plusieurs auteurs qui s’en emparèrent pour faire mouliner leur verve. J’aurai donc appris quelque chose. Merci Jeanne.

jllb